samedi 4 février 2012

14 au 29 janvier 2012 : la trans-Atlantique de Misaki

Nous avons donc mis 15 jours et 2 heures pour traverser l’Atlantique de Mindelo au Cap Vert à Sainte Lucie aux Antilles (ile au sud de la Martinique), soit 2100 mn plein ouest : une moyenne de 5,80 nds ! Pas si mal pour une « barcasse » de 9,20 m ! ! !

Sainte Lucie est au sud de la Martinique
A noter au passage une déclinaison magnétique très significative puisque celle-ci est comprise entre 14 et 19 degré de part et d’autre de l’Atlantique !

La nav. :

Le départ de Mindelo : un peu stressant… et émouvant avec les copains sur le ponton… les prochains, c’est eux !


Départ de Mindelo : Sirius, Nuages... c'est parti pour de bon !!!
Globalement, les 7 premiers jours nous avons rencontré un vent de 20 nds NE qui nous a permis de faire du grand largue et de progresser rapidement (6nds, 7nds et quelques beaux surfs à 8, 9, 10 nds…).
Nous avons navigué sous génois tangonné (sans grand voile).

3eme jour

7eme jour

Du 8eme au 10eme jour : le vent a molli entre 8 et 10 nds.

Le 8eme jour a été une journée un peu particulière : nous avions parcouru un plus de la moitié de notre parcours, la houle s’est arrêtée, le vent a faibli, le soleil « tapait », le spi a été envoyé... Une certaine euphorie s’est emparée de Misaki : ambiance farniente, musiques, apèros…!!!

8eme jour



Apero au beau milieu de l'Atlantique... le pied !!

...au 8eme jour...
Hommage à mon regretté spi.
Cela a aussi été l’occasion de se laver à l’eau de mer (27 degré) et de se rincer à l’eau douce (1,5 litre par personne et pas plus !) : un vrai bonheur après 8 jours de mer.
(A noter que cela ne signifie pas que nous ne nous lavions pas du tout les autres jours…)

LA douche... du bonheur.
 C’est pendant cette période que nous avons envoyé le « pépin » (spi). Malheureusement, peut être par excès de confiance, j’ai laissé le spi la nuit sous pilote auto. Nous avons été surpris par un grain (averse avec des vents plus forts : 20 nds). Le bateau étant toilé pour du petit temps, celui-ci est parti au lof et le vieux spi s’est déchiré. A l’affalage, celui ci est passé sous le bateau, se déchirant un peu plus et s’est enroulé dans le safran : le bateau n’etait plus manœuvrable. Ce qui n’est pas bien grave, au beau milieu de l’Atlantique puisqu’il n’y avait aucuns dangers aux alentours…
Pour récupérer le spi sous le bateau, j’ai dû couper la têtière du spi pour le désengager de la mèche de safran.
Puis nous sommes repartis sereinement sous génois…

Les derniers jours, la météo a renoué avec du vent à environ 20 nds plein Est, une grosse houle croisée et une pluie éparse. Plein vent arrière, nous avons envoyé le génois tangonné et le foc (sur l’autre amure), sans GV : nous avons été agréablement surpris de constater l’équilibre et la vitesse du bateau dans cette configuration (le foc tenant bien !).

Sous un grain, Yolaine barre...
Envoie du foc sur tribord
Grain au loin
Sous génois tangonné à l'approche d'un grain
L’arrivée à Sainte Lucie : à la vision de la terre au bout de 15 jours, nous nous pouvions qu’être totalement émerveillés, excités, euphoriques… « TERRE, TERRE !!! »

H-5...

"Terre en vue !!!"


Envoie du pavillon français à l'approche de Sainte Lucie... Vive la France !!!
Avec la houle que nous avons eu pendant 15 jours, le bateau (quand nous ne barrions pas) était sous pilote auto. En effet, le régulateur d’allure est assez instable avec de la grosse houle et au portant (écart de 30 degré de chaque coté du cap !) : intolérable pour battre des records de vitesse J

Sous pilote auto (vérin directement relié à la barre)
L’énergie nécessaire à la consommation du pilote auto a été essentiellement produite par l’éolienne et le panneau solaire. Il n’a été nécessaire de faire tourner le moteur que 4 heures pour recharger les batteries. Le frigo était, bien entendu, arrêté (trop consommateur = 4 à 5 Amp.) et nous avons fait particulièrement attention à notre consommation d’énergie.
De plus, nous n’avons eu recours à la propulsion du moteur que pendant 4 heures, par manque de vent. Avec la houle et l’absence de vent, les voiles battaient dans tous les sens et nous étions secoués comme un vulgaire bouchon !

Le Rush tient-il sa réputation d’être un bateau rouleur (qui tangue !) ?
Soyons honnête : Oui, d’autant plus que nous avons été accompagné par une grosse houle croisée et désordonnée. Le bateau n’a jamais été plat pendant 15 jours. Cela signifie que l’on se déplaçait constamment en se tenant, qu’il fallait tout tenir pour éviter que ça valdingue dans le cockpit, qu’il fallait trouver la position allongée la plus étalée possible pour ne pas se retrouver projeté au sol… mais on s’habitue à tout !
Personne n’a été malade !

Repos de l'équipière coincé dans la toile anti-roulis...
Nous avons croisé deux cargos pendant toute la traversée : cela valait bien la peine de faire des quarts de nuit toutes les 30 minutes !

Notre principale inquiétude était la chute à la mer. Cette inquiétude « se manifestait » la nuit par un sommeil particulièrement léger…  Pour vous donner un exemple, il est fréquemment arrivé que l’équipier(e) au repos (dormant d’un seul œil à l’intérieur), ne voyant ou n’entendant plus l’équiper(e) de quart (à l’extérieur donc), l’appelle d’une voix un peu angoissée : « YOLAINE !!! »
Quel soulagement d’avoir une réponse franche et immédiate : « Ouai, ouai, je suis là, pas de problème. »

Le quotidien :

Que fait-on pendant 15 jours au milieu de l’Atlantique ?
Nous n’avons pas eu le temps de nous ennuyer :

-          la première occupation : le sommeil. Les quarts de nuit, ça fatiguent. Les journées commençaient donc vers 10 heures… et nous nous sommes octroyés des siestes réparatrices après le déjeuner.

No comment !
 -          La seconde occupation : nous sommes entrés dans un véritable « état contemplatif » : les vagues, les nuages, les couchés et levés de soleil, les poissons volants qui nous ont constamment accompagné, la bonne marche du bateau …

Entre couchée...

...et levée de soleil...


Tous les matins, je rejetais à l’eau deux à trois poissons volants échoués sur le pont.
Nous en avons profité pour mener une véritable étude ornithologique : « jusqu’où volent les oiseaux, that’s our question ! ». Nous avons maintenant la réponse à cette intrigante question : « jusqu’au milieu de l’Atlantique, incroyable non ! Nous avons pu distinguer d’ailleurs DEUX sortes d’oiseaux…»

« Nous avons appris à apprécier le moment présent, d’après l’enseignement des préceptes de Bouddha » à méditer !

-          Les manœuvres : le vent n’étant pas toujours constant dans sa direction et sa vitesse, nous avons 2 voire 3 fois par jours adapté les voiles : un coup en ciseau, un coup en « papillon », puis que le génois… « et si on rajoute la GV »… « ah ba ! non !  on est trop largue, le génois dévente ! » et on ré affale la GV, puis prise de ris…
En règle générale, on réduisait la voilure en fin de journée pour être plus tranquille la nuit (exception faite avec le spi !!!)

Réglage des voiles devant Sainte Lucie




-          Nous avons aussi barré (2 à 3 heures par jour chacun), juste pour le plaisir (et aussi un peu parce que ça occupe et que ça soulage le pilote). Car barrer un beau bateau comme le Rush, c’est quand même ce que l’on fait de mieux, non !
Petit surf...
  
-          Les taches « ménagères » quotidiennes :

Ø  la vaisselle que Yolaine a faite avec beaucoup de plaisir. A noter que Yo a développé une vraie technique pour faire la vaisselle à l’eau de mer sur un bateau qui gîte constamment…


Ø  le « transvasage » de l’eau potable des bidons de 5 l dans les bouteilles de 1 l : une expérience aussi… (méthode appliquée des vases communiquant avec un tuyau, le tout en équilibre sur un pied !)

Ø  la cuisine quotidienne : comme promis nous ne nous sommes pas laissés abattre… le moral de l’équipage était en jeu !
Nous n’avons jamais raté une occasion de fêter un évènement « majeur » : le tiers du
voyage, les 1000 mn, un bateau qui marche bien « Happy boat ! », un couché de soleil…

Petit dej au pain frais !


Nous avons eu du frais (fruits et légumes) pendant quasiment 9 jours (à noter que le choux se conserve très bien ! ! !)
Au départ de Mindelo nous avions deux hamac pour conserver les fruits et les légumes
Le seul petit regret a été que je n’ai péché qu’un petit poisson qui a fini aussitôt en makis.
Tous mes hameçons sont restés au fond de l’eau !

La modeste peche miraculeuse...
Préparation des mackis
Nous avons même fait du pain frais…

Bilan au bout de 15 jours : on a pris quelques kilo !!!

Ø  la rédaction des messages Iridium : comment tout dire avec le moins de caractères possibles… « lé ado i’st tro for pour sa !!! » et l’attente de la réponse de mon père ou de vos messages (merci, c’était vraiment sympa d’avoir eu de vos nouvelles au milieu de l’Atlantique).

Ø  Le téléchargement des fichiers météo (grib) via le téléphone satellitaire.


-          Les incontournables distractions : musiques, lectures, films… et écriture des mémoires de Yolaine (Titre probable : Une traversée de l’Atlantique sur une barcasse de 9 mètres !), et la tenue du journal de bord…


Nous garderons un excellent souvenir de cette traversée qui s’est très bien passée, tant sur le plan technique, météorologique et humain… quelle aventure !!!