La remontée des canaux entre Beaufort (prononcé à la
française en Caroline du Nord ) et Norfolk (au nord du Cap Hatteras) se fait
essentiellement au moteur (vitesse moyenne 4 nds). Dans les bassins navigables
à la voile, le vent sera de face et trop faible pour envoyer la toile.
Le grand jeu consiste à repérer les poteaux balisant le
chenal de l’Intra Costal Waterway (ICW) dragué
entre 3 et 7 mètres. Il suffit d’anticiper sa consommation de gasoil de la
journée (ou des jours suivants) et le mouillage possible pour la nuit pour que
cette bucolique balade reste paisible…
Les 170 mn qui séparent Beaufort de Norfolk se feront en 5
jours :
1-
Beaufort - Oriental : 20 mn (5 heures)
2-
Oriental – Pungo Creek : 40 mn (10 heures)
3- Pungo Creek – Little Alligator
River : 44 mn (11 heures)
4- Little Alligator – Elizabeth CIty :
30 mn (7 heures)
5- Elizabeth City – Norfolk : 36 mn (9
heures)
Les paysages champêtres se succèdent. Les canaux sont bordés
de magnifiques maisons possédant leur ponton privatif, de forêts, mangrove…. Je
profite donc tranquillement de la faune (pélicans, aigles, échassiers,… et même
quelques dauphins…)
Le rythme est donné par les heures d’ouverture des ponts et
des deux écluses situées sur le Dismal
Swamp Canal. Ce dernier, creusé par des
esclaves en 1793 est le plus vieux canal des USA. G. Washington et 5 autres
investisseurs commencèrent sans succès le projet, qui repris par d’autres,
devint une voie fluviale importante, jusqu’au creusement d’un canal concurrent,
puis le déclin du transport maritime. C’est maintenant une voie d’eau
touristique entretenue par le Génie de l’armée.
Le Dismal Swamp Canal est séparé en son milieu par la
frontière entre l’état de Caroline du Nord et celle de Virginie : qui dit
frontière, dit information des douanes et de l’immigration américaine…
De nombreux plaisanciers circulent en bateau à moteur
(« pêcheurs du dimanche »),
toujours très courtois, ils ralentissent (pour éviter de faire des vagues) et
saluent d’un petit signe de la main…
Apres 5 jours de paysages bucoliques, la traversée de
Norfolk est saisissante : ville industrielle et première base naval
américaine !!!
Mais dans l’intracostal Waterway (ICW) il faut se méfier,
néanmoins, de la fausse impression de sécurité :
-
Les canaux sont parfois peu larges et hors de
ceux-ci il y a vite peu de profondeurs (tronc d’arbres, souche, branchages…).
Il faut donc être vigilant à sa route et avoir l’œil « visser » sur
la profondeur. Les longs canaux rectilignes et les larges bassins permettent néanmoins
de mettre le pilote automatique pour vaquer aux occupations quotidiennes. Aidé
par les cartes électroniques (gratuites aux USA sur le site NOAA) et du GPS, la
navigation s’en trouve assez simple.
Comme sur les autoroutes, l’ICW est balisé
de borne indiquant les mile (Mile 0 à Norfolk – Mile 203 à Beaufort)
-
Toujours et encore la météo : Sirius a
affronté plusieurs orages impressionnants (50 nœuds de vent voire plus avec le
bateau couché dans l’eau…). Je prépare donc chaque départ comme une sortie en
mer (bateau impeccablement rangé, vêtements de pluie à porter de la main…). Les
orages étant accompagnés de violents éclairs pouvant irréversiblement
endommager le matériel électronique à bord, la prise de l’antenne VHF (dont
l’antenne en haut du mat ferait office d’un splendide paratonnerre) est dégagée
du vaigrage (plafond du cockpit intérieur) pour être débranchée au plus vite.
Je ne rencontrerai que des conditions clémentes
(au max 30 nds de vent au mouillage) accompagnées de grosses averses…
De mauvaises conditions dans les canaux me
semblent plus complexes à gérer qu’en pleine mer où il est toujours possible de
prendre la fuite (manœuvre consistant à se laisser pousser par le vent et la
houle)…
-
De nombreuses barges et bateaux de pêches
circulent sur les canaux, AIS branchés…
-
Les fonds semblent peu
« accrocheurs » : le bateau a dérapé deux nuits de suite (ce qui
ne m’était qui très rarement arrivé jusqu’à maintenant) dans 3 mètres d’eau,
sans vent… mais du courant.
Prochaine
étape… New York City !!!